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Biographie

La vie de Jacques Cheminade est celle d’un militant convaincu que les idées peuvent changer le monde à condition de mener un combat incessant pour les animer. Pour le décrire en un mot, il est à l’exact opposé des carriéristes hantant les générations Mitterrand, Chirac ou Sarkozy, pour qui les idées sont un filon à exploiter pour réussir dans un monde balisé.

Né le 20 août 1941 à Buenos Aires, en Argentine, pays où il vivra jusqu’à l’âge de 17 ans, Jacques Cheminade est convaincu que ce statut de Français de l’étranger lui a permis de se forger une idée plus haute de la France tout en lui inspirant une plus grande exigence vis-à-vis de ses compatriotes.

Sa famille, d’origine auvergnate, s’était installée en Argentine au début du siècle, comme beaucoup d’émigrants de cette époque, pour échapper à un monde difficile pour les fils et les filles de familles modestes. Entrepreneur, son père lui transmet l’esprit pionnier caractéristique des Français partis à la recherche du grand large. Sa mère, institutrice et, fait rare pour l’époque, universitaire, lui inculque l’amour des livres et de la République.

En Argentine, il étudie au Collège français de Buenos Aires. L’enseignement dispensé à la fois en français et en espagnol lui donne ces points de repères qui lui permettent de connaître sa véritable culture en s’initiant à celle de l’autre.

Il y a dans l’Argentine de cette époque, et notamment au Collège français, un mélange d’hommes et de femmes d’origines très différentes, un débat permanent sur l’avenir, un milieu intellectuel excluant par nature toute forme de racisme ou de xénophobie. De cette génération, beaucoup partiront plus tard pour l’Europe, les Etats-Unis ou les pays de l’Est.

En 1959, Jacques Cheminade arrive en France. Il est très choqué du climat créé par la guerre d’Algérie. L’idée qu’il s’est faite de la France ne correspond pas du tout à celle d’un pays se comportant comme une puissance coloniale. Rapidement, il arrive à la conclusion que la France, sauf à se dévoyer elle-même, ne pourra pas garder ses possessions d’outre-mer contre la volonté de la majorité des peuples colonisés. Au nom d’une conception plus haute de la France, il milite alors pour l’indépendance de l’Algérie, certain qu’il ne peut y avoir d’autre voie.

1960 marque son entrée à HEC, alors en pleine mutation vers les méthodes anglo-américaines prétendument « modernes ». C’est le moment où l’on passe d’un enseignement dont le centre d’intérêt est l’économie physique (Jacques Cheminade a pu, par exemple, participer aux discussions sur le canal Rhin-Rhône) à un enseignement importé de Harvard, s’orientant de plus en plus vers la « recherche opérationnelle » et surtout vers les aberrations de la psychologie et la sociologie d’entreprise.

Cheminade obtient son diplôme de HEC en 1963 et sa licence de droit en 1965. Sous les années du gaullisme, il soutient la politique d’indépendance nationale, applaudit à la rupture avec l’OTAN, mais décèle la faille dans une politique d’éducation qui « s’américanise » et ne répond pas aux défis de l’époque et à l’ouverture de l’enseignement secondaire et supérieur au plus grand nombre.

Entre 1966 et 1967, il fait son service militaire dans la Coopération à Tegucigalpa (Honduras). Cette expérience lui permet d’examiner de près ce qu’est un système « latifundiste » et les pratiques courantes par lesquelles l’oligarchie anglo-américaine impose son pouvoir à ce type de pays. Il peut ainsi constater de ses propres yeux comment les responsables du département d’Etat américain, du Pentagone et de la CIA manipulent les principales factions politiques du pays et plus généralement, par quelles tactiques on influence l’opposition, en exploitant ses faiblesses, pour la conduire vers des impasses ou vers sa propre destruction. Enfin, son ambassadeur, qui en avait été victime, lui révèle le fonctionnement et le vécu du système concentrationnaire des camps nazis, confirmant ce qu’un dirigeant de la Résistance, ami de ses parents, lui avait confié sur le même sujet et avec une même brutale pudeur. C’est à partir de là – expérience du néocolonialisme et horreur de l’univers concentrationnaire – que Cheminade s’interrogera sur les flétrissures du XXe siècle et, progressivement, s’engagera dans le combat pour changer les axiomes de base qui leur ont donné naissance.

En 1967, Cheminade entre à l’ENA, dans la promotion Jean Jaurès, et constate rapidement que cette institution apparemment « ardente, dominatrice et fière d’elle-même » est, en fait, un géant aux pieds, et parfois même à la conscience, d’argile.

Mai 68 : Cheminade a de la sympathie pour l’exigence de justice du mouvement. Il méprise les institutions dont toute la faiblesse se dévoile, mais très vite il constate trois choses : 1) les groupes ou groupuscules organisés – maoïstes, trotskistes et autres – se fondent sur un caporalisme manipulateur et n’offrent aucune perspective ; 2) les partis de gauche officiels sont complètement dépassés par les événements et beaucoup se trouvent sous influence atlantiste, 3) la masse du mouvement dérive vers un apolitisme anti-autoritaire et vers la libération tous azimuts des mœurs. Il lui apparaît alors clairement que l’idée de liberté défendue par le mouvement s’affirme contre celle de responsabilité. Or, déjà à cette époque, pour Cheminade, l’idée de responsabilité doit au contraire précéder celle de liberté, une conception que des écrits aussi différents que ceux de Leibniz, LaRouche ou Levinas vont par la suite enrichir et approfondir.

Entre 1969 et 1972, Cheminade entre dans l’Administration, où il sera chargé des négociations d’adhésion et d’association à la Communauté européenne, auprès de la Direction des relations économiques extérieures du ministère de l’Economie et des Finances, à Paris. C’est l’époque de l’adhésion de la Grande-Bretagne. Pour Cheminade, il ne fait pas l’ombre d’un doute que pour des raisons économiques, financières et idéologiques, l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté sera un désastre. Il s’y oppose dans la limite de ses moyens. Ce travail, qui implique de fréquents allers-retours Paris-Bruxelles, lui donne un premier aperçu du carriérisme de cette bureaucratie gestionnaire communautaire, qui vient s’ajouter à celle des Etats membres.

En 1972, il est nommé au poste de l’expansion économique à New York. C’est là, en suivant le fonctionnement de Wall Street, en voyant se mettre en place un système qui crée de plus en plus d’argent sans contrepartie productive, que se renforcent ses convictions anti-monétaristes déjà présentes. Le monde qui se met en place après le découplage or/dollar du 15 août 1971 lui apparaît d’emblée comme une jungle livrée à la loi du plus fort et à la spéculation.

La chute d’Allende au Chili et une paix au Vietnam sans perspective de développement économique sont alors pour lui deux terribles leçons.

Il comprend, faits en main, que l’oligarchie anglo-américaine détruira désormais systématiquement tout Etat exprimant une volonté d’indépendance nationale.

C’est dans ce contexte que Cheminade s’intéresse aux idées de Lyndon LaRouche, dont il rencontre les amis pour la première fois à New York en 1974. Auparavant, aucun parti, aucune organisation existante (et ce ne fut pas faute de chercher) n’avait répondu à son attente. Celle-ci, bien qu’elle lui paraisse imparfaite, comme toute création humaine, lui semble unique en son temps sur un point fondamental : son attachement aux idées, par delà toute instrumentalisation de l’homme ou arrangement confortable. Très vite, il se passionne pour l’analyse de ces « patriotes et citoyens du monde », qui prévoient déjà une crise de grande ampleur si la tendance à la financiarisation de l’économie devait se poursuivre au détriment de l’économie physique. Il est particulièrement intéressé par le fait qu’ils mettent au centre de leur aventure la nécessité de former le caractère de chaque être humain et l’étude des moments de la culture universelle qui contribuent à cette formation du caractère. Pour Jacques Cheminade, ces préoccupations vont dans le même sens que celles vécues dans l’agitation adolescente du Collège français de Buenos Aires et exprimées par Jean Jaurès avant l’abomination de la Grande Guerre. Il y identifie le fil perdu de la politique française. En y réfléchissant, il se dit alors que renouer ce fil est une tâche urgente, peut-être la plus urgente, car la politique ne peut être réduite à des formules, des recettes ou des slogans, mais doit changer la manière d’être et de penser des hommes en leur ouvrant un horizon. Aussi, à partir de ces rencontres, son engagement politique s’affirme progressivement. Il contribuera lui-même par la suite à une série d’études historiques révélant des pans entiers de l’histoire des Etats-Unis, de l’Europe et de la France qui n’apparaissent pas dans les études des auteurs accrédités par les nomenklaturas.

Une relecture critique de Marx le convainc en particulier que l’erreur de celui-ci est de s’être fondé sur les mêmes présuppositions que celles de l’école anglaise de philosophie et d’économie politique, sans comprendre que la capacité de découverte humaine – art, science et technologie – est nécessairement le moteur et l’âme de toute politique d’amélioration sociale.

L’étude de Leibniz et de Nicolas de Cues lui fait découvrir le courant qui fonda la grande Renaissance européenne du XVe siècle et inspira la découverte de l’Amérique. Retour aux sources, retour aux questions qu’il se posait adolescent…

Au cœur de cette philosophie se trouve l’idée que ce qui distingue absolument l’homme de l’animal est sa capacité de créer, de découvrir, de concevoir des hypothèses. Pour donner une allonge à son engagement dans le siècle, Cheminade relit Platon, retrouvant dans ses contemporains les habitants de la caverne, fascinés par les ombres de la réalité mais dépourvus des moyens d’en connaître l’origine. Les Lettres sur l’éducation esthétique de l’homme , du grand poète républicain allemand Friedrich Schiller, l’encouragent dans son idée de créer un espace politique visant à améliorer le caractère de chacun en respectant la capacité individuelle souveraine de savoir et d’appliquer son savoir. Bref, son objectif est de tenter de refonder la politique comme dialogue socratique.

De ce courant de pensée naît l’idée d’Etat-nation souverain, qui défend le « bien commun » face à des intérêts prédateurs et doit tout faire pour que chaque être humain dispose des conditions matérielles et intellectuelles lui permettant de contribuer au progrès de son espèce.

Ces conceptions amènent tout naturellement Jacques Cheminade à se plonger dans les Six livres de la République de Jean Bodin et dans les écrits de Sully, Montchrestien, Vauban et Colbert. Il s’intéresse aux fondateurs de Polytechnique, Lazare Carnot et Gaspard Monge, ainsi qu’aux socialistes et chrétiens sociaux français, dans leur tentative de donner pour assise à la République une politique d’instruction publique et d’éducation mutuelle. Jacques Cheminade, avec ses collaborateurs en France, a d’ailleurs contribué à de nombreuses études sur ces questions, diffusées par les amis de Lyndon LaRouche à l’échelle internationale.

Sa connaissance de Friedrich Schiller lui fournira des arguments pour conduire une polémique infatigable contre le chauvinisme nationaliste et le totalitarisme supranational. Pour lui, le meilleur des patriotes est toujours un citoyen du monde car il n’y a pas d’opposition entre les deux concepts mais, au contraire, enrichissement mutuel.

Ayant quitté l’Administration pour se consacrer à plein temps à ses convictions, Cheminade publie toutes les deux semaines un éditorial dans Nouvelle Solidarité. L’on peut ainsi suivre, mieux que pour tout autre homme politique, ses prises de position et ses jugements au cours des vingt dernières années. Conseiller de la revue scientifique Fusion, il défend un nucléaire citoyen, opposé à celui des nucléocrates et à l’extrémisme « vert ».

En 1995, Cheminade décide de se présenter à la présidence de la République pour dénoncer le « cancer financier et ses métastases dans le monde ». Encouragé par ses amis et par la réponse positive des maires – « grands électeurs » habilités à présenter un candidat – Jacques Cheminade sera le premier à déposer plus de cinq cent cinquante signatures auprès du Conseil constitutionnel. S’il ne s’attend pas à être reçu à bras ouverts par les « élites » en place, la virulence de l’attaque lancée alors contre lui le surprend néanmoins. Aussitôt validées les signatures, une attaque tous azimuts est lancée par les médias nationaux afin de discréditer le candidat avant même que la population ait pu entendre son message. Les institutions officielles chargées de veiller au bon déroulement de la campagne présidentielle (Conseil supérieur de l’audiovisuel – CSA – et Commission nationale de contrôle de la campagne – CNCC) reconnaissent elles-mêmes que le temps de parole moyen accordé à Jacques Cheminade sur les chaînes de télévision n’a été que de 45 minutes, contre 1h25 en moyenne pour les autres candidats (CSA, communiqué du 24 avril 1995), et que « le traitement équilibré de la présentation des candidats, de leurs commentaires et de leurs déclarations (…) n’y était pas pleinement respecté » (CNCC, le 20 avril 1995). Cependant, ces deux interventions arrivent trop tard (clôture de la campagne le 25 avril 1995).

Cette campagne de propagande culmine, quatre mois après l’élection, avec une décision du Conseil constitutionnel rejetant les comptes de campagne de Cheminade. Prise sous la présidence de Roland Dumas et utilisant des prétextes cachant mal des motivations d’ordre politique, elle a pour conséquence de plonger le candidat du plus petit parti et dont les dépenses ont été de très loin les plus faibles, dans une situation de quasi-faillite personnelle (saisie de ses biens, hypothèque prise par l’Etat sur son appartement). Décision d’autant plus choquante que d’autres candidats, eux, voient leurs comptes agréés alors que leurs dépenses réelles ont en réalité dépassé – et de beaucoup – les plafonds autorisés et que l’argent noir de la République a, de notoriété publique, animé leur campagne. Aujourd’hui, les révélations sur les 10 millions de francs versés en liquide et sans justificatifs sur le compte d’Edouard Balladur, dont le directeur de campagne et ministre du Budget était Nicolas Sarkozy, confirment les doutes qu’on peut nourrir sur ce qui s’est alors passé.

En 2002, ce sera dès la collecte des parrainages de maires que s’abattra la calomnie, en particulier par l’intermédiaire de Nicolas Miguet, boursicoteur libéral lui aussi candidat. Il sera condamné en justice après l’élection, mais aura fait se rétracter suffisamment de maires pour empêcher la participation de Cheminade à l’élection présidentielle.

Malgré ces attaques, beaucoup de ceux qui ont lu alors la profession de foi de Jacques Cheminade ou qui ont vu ses programmes télévisés, se souviennent encore de celui qui, déjà à l’époque, polémiquait contre tous les hommes politiques annonçant des projets de gouvernement ne tenant aucun compte de la crise économique et financière à venir. Ce sont des gens qui font des plans sur le pont du Titanic, ironisait-il alors avec une certaine clairvoyance.

Lors du référendum sur la constitution européenne en 2005, il participera à la campagne du « non », appelant à « sortir d’une conception comptable et financière du monde » sous-jacente au traité européen. Il promeut alors une « amélioration de l’environnement humain », seule voie pour éviter la crise qui vient.

En 2007, seul homme politique français à annoncer l’imminence de la crise et des politiques d’austérité qui lui seront associées, il lance son « Projet contre les puissances de chantage du fascisme financier ». N’ayant pas récolté les cinq cents parrainages nécessaires pour sa participation, il appellera au deuxième tour à voter pour Ségolène Royal, non par conviction, mais par « raison », non pour son programme, mais pour le potentiel que constitue son électorat.

En octobre 2008, la crise est alors en marche, le projet de Nouveau Bretton Woods défendu par Jacques Cheminade depuis près de quinze ans est repris par une classe politique en manque de repères. Michel Rocard, François Hollande, puis Nicolas Sarkozy le reprendront à leur compte avant de reculer, faute de caractère.

Aujourd’hui, alors que cette crise qu’il avait annoncée est là et que les dirigeants en place s’engagent dans la voie de la rigueur comme lors des années 30, Cheminade s’efforce, par sa candidature, de poser la question fondamentale de l’économie et de la culture, en orientant le débat vers des solutions qui servent le bien commun et les générations futures, et non le profit financier à court terme et le démantèlement social.

Son ambition est de mettre fin au déni de réalité qui caractérise la politique française depuis près de trente ans. Pour cela, il est soutenu par un mouvement de jeunes attaché à la découverte de principes et aux grands projets de développement rétablissant l’emploi qualifié et redéfinissant un horizon de justice sociale. A la base, loin des allées du pouvoir et des établissements financiers, il s’efforce de créer un mouvement de réflexion sur l’avenir et un sursaut face à la grande crise du XXIe siècle.

Christine Bierre